À la manière d’un magicien (qui réalise un tour, mais qui en expliquerait immédiatement le secret)

01/01/20 > 31/12/20

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Commissariat saison 2019 – 2020 :

Corinne Digard et Eva Vaslamatzi

 

Note d’intention de la commissaire Eva Vaslamatzi :

À la suite des commissaires précédemment invité.e.s, je perçois l’invitation d’accompagner la saison 2019-2020 d’Orange Rouge comme une occasion de questionner le sens de ma propre pratique, dans un cadre qui favorise l’existence d’une collectivité éphémère. Le propos curatorial, en parallèle du travail des artistes en collaboration avec les adolescents, les enseignants et l’équipe d’Orange Rouge, se construira pas à pas, en tissant un récit où chaque échange, chaque détail, chaque anecdote trouvera sa place dans l’histoire “principale”.  Avant d’être une recherche sur les forces pédagogiques de l’art, tout en évitant le didactisme, Orange Rouge s’appuie sur l’art en tant qu’outil de connaissance et de compréhension de notre entourage “autrement”, en tant que processus qui nous demande de ralentir nos rythmes et de changer nos manières de porter attention aux autres. Dans ce sens, le travail du commissaire ne peut pas se limiter à la construction d’un produit final. La recherche d’un équilibre entre l’accompagnement du processus créatif et l’organisation d’un événement public, ainsi que la justesse de sa forme, me semble être le challenge principal du projet : comment rendre publique une expérience intime, dont la valeur se trouve sur le moment du partage ?

 

Les 20 artistes invité.e.s par Corinne Digard et moi-même, s’exposent à la même problématique et cherchent leur identité à travers un cadre scolaire dont leur rôle n’est pas celui de l’enseignant. À la suite d’une première rencontre avec leur classe, et avant le début des ateliers, les artistes ont écrit des notes d’intentions issues des discussions avec les adolescents et de leurs premiers ressentis. J’emprunte ici leurs mots afin de dessiner des envies communes qui semblent traverser la saison, sans imposer une thématique.

 

Tout d’abord, l’enfance, cette période que les adolescents sont en train de laisser derrière eux, et l’importance du jeu dans leur quotidien sont des sujets que certains artistes souhaitent explorer avec eux afin de les redéfinir ensemble. L’artiste Io Burgard (artiste invitée, saison 2019-20), qui va créer avec eux un environnement 3D pour un potentiel jeu vidéo, écrit : “J’aimerais leur soumettre l’idée de réaliser un espace dont ils puissent prendre possession. Penser un lieu pour eux. On ne demande jamais aux enfants de concevoir leurs aires de jeux, ni aux habitants des villes de penser à l’espace public, qui d’une certaine façon leur appartient.”. En passant par la construction d’un espace à celle d’une identité, d’autres artistes sont intéressés par la création d’un double, d’une marionnette, d’un pantin, qui peut permettre aux adolescents d’explorer la liberté de leur créativité sous les yeux d’“un autre”. Pour Samira Ahmadi Gotbi (artiste invitée, saison 2019-20), la figure de l’animal qui est présente dans son travail comme “une métaphore de corps-proie, qui se fait approprier, exploiter, dominer, marginaliser et chasser” sera aussi présente comme “un masque, une manière de créer une distance.”. Enfin, les réseaux sociaux où les adolescents construisent aujourd’hui leurs identités, sont aussi des outils que certains artistes veulent utiliser afin de s’adresser à eux avec des moyens qui leur sont familiers. “Comment les nouveaux outils technologiques glissent le lien social dans une sorte d’hyper connectivité à l’étranger, à l’autre et comment ces nouveaux rapports affectent la définition de nos identités ?” se demande Philomène Hoël (artiste invitée, saison 2019-20), qui souhaite profiter des smartphones et des outils sociaux accessibles pour enregistrer “la construction de la fiction collective”.

 

La variété des voix d’artistes invité.e.s qui s’expriment avant le début du projet, est le point de départ pour la réflexion curatoriale et, selon moi, une preuve que ce n’est pas nécessaire de les unir sous un chapeau commun. Afin que le format de leur présentation puisse rester flexible, nous allons construire un projet avec plusieurs temporalités et endroits physiques ou virtuels où les propositions artistiques émergeront. Le matériel qui va se produire pendant les six prochains mois, sera comme une ”archive vivante”, une “cuve” d’idées dont on pourra se servir et questionner sur l’instant les différentes modalités de présentation. L’appropriation du matériel et de sa transformation commence d’ores et déjà par le titre de la saison, qui est emprunté à une phrase de l’artiste participant, David Perreard. Nommée “À la manière d’un magicien (qui réalise un tour, mais qui en expliquerait immédiatement le secret)”, la saison nous parlera des processus créatifs étant à la fois magiques et accessibles, dont leur valeur se trouve finalement sur l’acte de partager, de communiquer avec un autre, un potentiel public, en temps réel.

 

Biographie :

Eva Vaslamatzi (née à Athènes en 1990) est curatrice indépendante qui vit et travaille à Paris et à Athènes. Récemment, elle a co-dirigé la programmation de la salle d’exposition au DOC! (2017-2019) et a travaillé en tant qu’assistante curatrice au Palais de Tokyo (2018-2019) et précédemment comme assistante de production à la résidence Pavillon Neuflize OBC (2017). Depuis 2013 elle a collaboré avec plusieurs institutions privées et publiques en Grèce, France et à Istanbul. Elle a effectué des études en commissariat d’exposition (Master professionnel à l’Université Paris-Sorbonne) et en histoire et philosophie de l’art.
En 2018 elle a participé au programme d’échange ΝΕΟΝ Curatorial Exchange Program en collaboration avec la Whitechapel Gallery à Londres, et au Art week organisé par Alserkal Avenue à Dubai. En mai 2020 elle sera résidente au Rupert Residency à Vilnius, Lituanie. Eva Vaslamatzi a reçu le prix SNF Fellowship Award (catégorie : curating) par la fondation Stavros Niarchos en Grèce.

 

 

Visuel : Projet de la saison 2020 de l’artiste Maxime Testu et les adolescents du collège le Grand Parc à Cesson. ©Eva Vaslamatzi