Herbe de la PAMPA Chai de Bercy & La Fémis

04/05/18 > 24/05/18

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Commissariat : Corinne Digard et Barbara Sirieix

 

Artistes : Nicolas Boone, Anne Bourse, Arnaud Dezoteux, Eléonore False, Eric Giraudet de Boudemange, Jules Lagrange, Jeanne Moynot, Elisa Pône, Samir Ramdani, Shanta Rao, Céline Vaché-Olivieri & Elsa Werth.

 

Exposition du 4 au 24 mai inclus.

Vernissage le 3 mai de 18h à 21h.

 

Chai de Bercy

41, rue Paul Belmondo

75012 Paris

Accès : en face de la Cinémathèque française.

Métros Bercy (6, 14) ou Quai de la Gare (6), bus 24, 64.

 

Projection des films de la saison le 22 mai à 19h à La Fémis (6, rue Francoeur, 75018, Paris).

Accès : Métros Lamarck Caulaincourt (12) ou Marcadet Poissonniers (4, 12), bus 80.

 

 

Herbe de la PAMPA est la restitution des projets Orange Rouge de la saison 2016/2017. Elle investit différents espaces comme une plante invasive qui se dissémine. Les artistes Nicolas Boone, Anne Bourse, Arnaud Dezoteux, Eléonore False, Eric Giraudet, Jules Lagrange, Jeanne Moynot, Elisa Pône, Samir Ramdani, Shanta Rao, Céline Vaché-Olivieri et Elsa Werth se sont investis pendant presque trois ans auprès des enfants de classes ULIS et d’un institut médico-éducatif, de la préparation des ateliers à leur mise en œuvre puis à leur restitution. Cette dernière reflète l’issue de ce travail dans le temps ; certains projets ont abouti à une œuvre unifiée alors que d’autres à des éléments plus épars.

 

La saison a été amorcée avec comme piste de travail les notions de jardin en mouvement et de Tiers paysage issues de la pensée du paysagiste Gilles Clément. A partir des expérimentations réalisées dans son jardin dans la Creuse, il revendique depuis 1977 une pratique politique du jardin : « jardiner, c’est résister ». Il invite à observer plus, jardiner moins, laisser place à l’indécidé et prendre en compte les délaissés, ces espaces non exploités ou négligés par l’homme, qui avec les réserves naturelles constituent pour lui « l’espace du futur ».

Barbara Sirieix, commissaire invitée saison 2016-2017

Barbara Sirieix est commissaire d’exposition et auteure. De 2008 à 2012, elle est co-fondatrice et co-directrice de Redshoes. En 2015, elle a travaillé sur l’exposition The blue-grey wall au centre d’art The Physics Room à Christchurch en Nouvelle Zélande et La référence d’objet n’est pas définie à une instance d’un objet à La galerie Edouard-Manet à Gennevilliers. La même année, elle était en résidence d’écriture à La Galerie centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, qui a publié avec Dents-de-Leone son premier livre 24 ter rue de la pierre feuillère. En 2016, en co-commissariat avec Emilie Renard, elle a réalisé l’exposition Oeil de Lynx et Tête de Bois à Occidental Temporary à Villejuif et en 2017, Scattered disc au centre d’art Futura à Prague. Elle contribue à des revues, écrit des textes de critique et de fiction, récemment pour les artistes Jagna Ciuchta, Shezad Dawood, Mathis Gasser et Julien Creuzet.

 

Note d'intention

Célébrant bientôt ses dix ans, Orange Rouge se présente comme un programme à l’identité affirmée. Chaque année, la participation de nouveaux établissements scolaires et le développement de nouveaux partenariats logistiques et financiers corroborent cette consolidation. À chaque édition, un commissaire d’exposition participe à la sélection des artistes et l’orientation des projets et de l’exposition de restitution. Cette invitation renouvèle un processus où Orange Rouge se soumet, en acceptant la contamination possible de regards extérieurs, à la perspective de repenser et faire évoluer son identité. D’année en année, les projets réalisés ont disséminé ce qu’il est progressivement devenu. Cette incertitude est devenue un élément structurant, dans les aléas de la rencontre auxquels tous les participants sont confrontés à chaque projet et la fragilité que le statut d’association astreint au programme, un contexte politique mouvant pouvant radicalement affecter son économie. C’est dans le terrain de cette indétermination que s’inscrit l’édition 2016-2017 d’Orange Rouge.

Zone de gris

Orange Rouge permet la rencontre entre douze artistes et les adolescents de classes ULIS au sein de onze collèges d’Ile-de-France ainsi qu’un institut médicoéducatif, nouvelle collaboration initiée cette année. Elle sera orchestrée par chaque artiste en collaboration avec les enseignants pour favoriser un contexte de découverte et d’appréhension de la création artistique, à travers des sorties en dehors du collège et la participation à la réalisation d’une oeuvre d’art.

Le statut de l’oeuvre à l’issue de cette collaboration est déterminé comme oeuvre collective. Dans ce contexte, l’artiste se départie de l’autonomie de sa production artistique tandis que les adolescents prennent collectivement le statut d’auteur(s). L’oeuvre se place dans un statut hybride à l’intersection des infrastructures du marché de l’art et de l’éducation. A travers cette détermination, les projets Orange Rouge investissent un espace de questionnement sur le droit et l’économie de l’art : Qu’est-ce qui définit la responsabilité d’une oeuvre d’art ? Est-ce la définition légale du statut d’auteur qui détermine son agencement économique ? Peut-on entrer et/ou sortir de l’économie de l’art ? S’agit-il d’une prise d’autonomie ou d’une forme de cession pour les enfants ?
D’autre part, ces rencontres se produisent dans un espace d’altérité
complexe entre les mondes de l’artiste et les mondes de ces adolescents. Dans ces strates s’infiltrent d’innombrables questions sur l’accès à l’art, la perméabilité entre différents modes de perception, sur des termes problématiques tels que l’intégration, la diversité ou la mixité. La rencontre questionne les dispositifs pédagogiques de l’art, mettant en perspective les écueils des utopies sociales et éducatives de l’art et l’efficacité instituée de l’art comme outil de décloisonnement social.
En navigant dans ces espaces problématiques, Orange Rouge opère dans une zone de gris, une friche entre différentes infrastructures, alors que le contexte politique actuel tend à polariser les identités sociales et culturelles.

Jardin imparfait

Dans le processus des projets d’Orange Rouge, le commissaire d’exposition se retrouve également dans un contexte d’indétermination, dans la mesure où les projets progressent sur une temporalité très étendue, avec beaucoup de paramètres inconnus. Ainsi, il les voit évoluer avec l’espoir – en vue de l’exposition à venir – que naturellement un ensemble harmonieux se construira, à la manière d’un jardin en mouvement. Le paysagiste Gilles CLÉMENT développa ce concept à partir de son observation des friches, ainsi que celui de tiers paysage, prenant en compte l’altérité des paysages binaires des forêts et des pâturages, ces espaces abandonnés dans lesquels se réfugie « tout ce qui ne peut pas habiter ailleurs. » Sa philosophie préconise de « faire le plus possible avec, le moins possible contre » et place ainsi une importance accrue à l’observation plutôt qu’à l’action pour le jardinier.
De même, le principe du jardin sauvage (ayant inspiré Gilles CLÉMENT) est de créer des espaces reproduisant des milieux naturels, créant notamment une biodiversité indigène, contrairement aux espaces verts. William ROBINSON l’a théorisé en 1870 dans Wild Gardens, en rupture avec la culture d’importation du jardin à l’anglaise. Le jardin sauvage comprend néanmoins une contradiction, dans le fait qu’il s’agit de créer un espace autonome dans ses processus, un écosystème adapté à sa localisation, tout en étant malgré tout un espace de nature maîtrisé,
inévitablement un espace non-sauvage.
Dans le programme Orange Rouge, les artistes emmènent habituellement les élèves en dehors du collège, visiter des expositions ou investir des espaces divers dans le cadre de leur travail commun. Les adolescents échappent alors temporairement au dispositif scolaire et aux diverses formes de pression sociale auxquelles ils sont sujets : ce déplacement est souvent nécessaire pour permettre aux projets d’exister.
Pour cette édition, le même dispositif de déplacement sera appliqué à l’exposition de restitution ; l’espace d’exposition étant lui-même un dispositif de contraintes normatives de l’expérience de l’art, les restitutions seront aussi réalisées en extérieur, dans un jardin.
Il s’agira de donner à voir ce qui a été réalisé dans son caractère transitoire, les accomplissements comme les questions non résolues, un jardin imparfait comme l’avait formulé MONTAIGNE. Dans un climat politique où les polarités tendent à être accentuées, cette zone de gris est nécessaire, afin de se donner un droit à l’opacité, pour reprendre les termes d’Edouard GLISSANT : un droit à sa propre épaisseur psycho-culturelle, un droit à ne pas être compréhensible.
En parallèle, une publication sera réalisée et prendra une part importante entre la période de travail sur les projets en 2017 et le moment de la restitution en 2018. Elle se placera comme espace végétatif dans le processus de construction des oeuvres et comme complément matériel possible.

Barbara Sirieix, 2016