Saison 2016-2017 (exposition à venir)

01/04/18 > 15/05/18

expo OR

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Commissariat : Corinne Digard et Barbara Sirieix

 

Artistes : Eva Barto, Nicolas Boone, Anne Bourse, Arnaud Dezoteux, Eléonore False, Eric Giraudet de Boudemange, Jules Lagrange, Jeanne Moynot, Elisa Pône, Samir Ramdani, Shanta Rao, Céline Vaché-Olivieri & Elsa Werth.

 

Dates et lieu à venir.

 

Note d’intention

Célébrant bientôt ses dix ans, Orange Rouge se présente comme un programme à l’identité affirmée. Chaque année, la participation de nouveaux établissements scolaires et le développement de nouveaux partenariats logistiques et financiers corroborent cette consolidation. À chaque édition, un commissaire d’exposition participe à la sélection des artistes et l’orientation des projets et de l’exposition de restitution. Cette invitation renouvelle un processus où Orange Rouge se soumet, en acceptant la contamination possible de regards extérieurs, à la perspective de repenser et faire évoluer son identité. D’année en année, les projets réalisés ont disséminé ce qu’elle est progressivement devenu. Cette incertitude est devenue un élément structurant, dans les aléas de la rencontre auxquels tous les participants sont confrontés à chaque projet et la fragilité que le statut d’association astreint au programme, un contexte politique mouvant pouvant radicalement affecter son économie. C’est dans le terrain de cette indétermination que s’inscrit l’édition 2016-2017 d’Orange Rouge.

 

Zone de gris

Orange Rouge permet la rencontre entre douze artistes et les adolescents de classes ULIS au sein de onze collèges d’Ile-de-France ainsi qu’un institut médico-éducatif, nouvelle collaboration initiée cette année. Elle sera orchestrée par chaque artiste en collaboration avec les enseignants pour favoriser un contexte de découverte et d’appréhension de la création artistique, à travers des sorties en dehors du collège et la participation à la réalisation d’une œuvre d’art.
Le statut de l’œuvre à l’issue de cette collaboration est déterminé comme œuvre collective. Dans ce contexte, l’artiste se départ de l’autonomie de sa production artistique tandis que les adolescents prennent collectivement le statut d’auteur(s). L’œuvre se place dans un statut hybride à l’intersection des infrastructures du marché de l’art et de l’éducation. A travers cette détermination, les projets Orange Rouge investissent un espace de questionnement sur le droit et l’économie de l’art : Qu’est-ce qui définit la responsabilité d’une œuvre d’art ? Est-ce la définition légale du statut d’auteur qui détermine son agencement économique ? Peut-on entrer et/ou sortir de l’économie de l’art ? S’agit-il d’une prise d’autonomie ou d’une forme de cession pour les enfants ?
D’autre part, ces rencontres se produisent dans un espace d’altérité complexe entre les mondes de l’artiste et les mondes de ces adolescents. Dans ces strates s’infiltrent d’innombrables questions sur l’accès à l’art, la perméabilité entre différents modes de perception, sur des termes problématiques tels que l’“intégration”, la “diversité” ou la “mixité”. La rencontre questionne les dispositifs pédagogiques de l’art, mettant en perspective les écueils des utopies sociales et éducatives de l’art et l’“efficacité” instituée de l’art comme outil de décloisonnement social.
En navigant dans ces espaces problématiques, Orange Rouge opère dans une zone de gris.

 

Jardin imparfait

Dans le processus des projets d’Orange Rouge, le commissaire d’exposition se retrouve également dans un contexte d’indétermination, dans la mesure où les projets progressent sur une temporalité très étendue, avec beaucoup de paramètres inconnus. Ainsi, il les voit évoluer avec l’espoir – en vue de l’exposition à venir – que “naturellement” un ensemble harmonieux se construira, à la manière d’un jardin en mouvement. Le paysagiste Gilles Clément développa ce concept à partir de son observation des friches, ainsi que celui de tiers paysage, prenant en compte l’altérité des paysages binaires des forêts et des pâturages, ces espaces abandonnés dans lesquels se réfugie « tout ce qui ne peut pas habiter ailleurs. » Sa philosophie préconise de « faire le plus possible avec, le moins possible contre » et place ainsi une importance accrue à l’observation plutôt qu’à l’action pour le jardinier.
De même, le principe du jardin sauvage (ayant inspiré Gilles Clément) est de créer des espaces reproduisant des milieux naturels, créant notamment une biodiversité indigène, contrairement aux espaces verts. William Robinson l’a théorisé en 1870 dans Wild Gardens, en rupture avec la culture d’importation du jardin à l’anglaise. Le jardin sauvage comprend néanmoins une contradiction, dans le fait qu’il s’agit de créer un espace autonome dans ses processus, un écosystème adapté à sa localisation, en étant malgré tout un espace de nature maîtrisé, inévitablement un espace non-sauvage.

Dans le programme Orange Rouge, les artistes emmènent habituellement les élèves en dehors du collège, visiter des expositions ou investir des espaces divers dans le cadre de leur travail commun. Les adolescents échappent alors temporairement au dispositif scolaire et aux diverses formes de pression sociale auxquelles ils sont sujets : ce déplacement est souvent nécessaire pour permettre aux projets d’exister.
Pour cette édition, le même dispositif de déplacement sera appliqué à l’exposition de restitution ; l’espace d’exposition étant lui-même un dispositif de contraintes normatives de l’expérience de l’art, les restitutions seront aussi réalisées en extérieur, dans un jardin.
Il s’agira de donner à voir ce qui a été réalisé dans son caractère transitoire, les accomplissements comme les questions non résolues, un « jardin imparfait » comme l’avait formulé Montaigne. Dans un climat politique où les polarités tendent à être accentuées, cette zone de gris est nécessaire, afin de se donner un « droit à l’opacité », pour reprendre les termes d’Edouard Glissant : un droit à sa propre épaisseur psycho-culturelle, un droit à ne pas être compréhensible.
En parallèle, une publication sera réalisée et prendra une part importante entre la période de travail sur les projets en 2017 et le moment de la restitution en 2018. Elle se placera comme espace végétatif dans le processus de construction des œuvres et comme complément matériel possible.

 

Barbara Sirieix

 

Barbara Sirieix, commissaire invitée saison 2016-2017

Barbara Sirieix est commissaire d’exposition et auteure. De 2008 à 2012, elle est co-fondatrice et co-directrice de Redshoes. Ses projets récents impliquent des processus collaboratifs et une écriture fictionnelle. En 2015, elle a réalisé l’exposition The blue-grey wall au centre d’art The Physics Room à Christchurch en Nouvelle Zélande et La référence d’objet n’est pas définie à une instance d’un objet à La galerie Edouard-Manet à Gennevilliers. La même année, elle est en résidence d’écriture à La Galerie centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, qui publie avec Dents-de-Leone son premier livre 24 ter rue de la pierre feuillère. Elle a réalisé l’exposition Oeil de Lynx et Tête de Bois en co-commissariat avec Emilie Renard à Occidental Temporary à Villejuif et travaille actuellement sur une exposition collective en Avril 2017 à Futura à Prague.

Corinne Digard, fondatrice d’Orange Rouge

Diplômée de l’école des beaux-arts de Paris, Corinne Digard travaille brièvement dans la publicité chez MacCann Erickson, DDB, Saatchi & Saatchi. Elle fonde Orange Rouge pour promouvoir l’art contemporain. Corinne Digard amorce dans son travail plastique (installations, performances) un questionnement sur le rapport à l’autre qu’elle présente dans des expositions collectives. Elle est lauréate (prix de photo) du 43e Salon de Montrouge. En 2006, elle déplace sa recherche personnelle sur un plan collectif, lance ses premiers projets avec des artistes, des enfants en situation de handicap, des enseignants, et entame un dialogue, des contacts avec des partenaires de champs diversifiés (éducatifs, culturels, financiers). Elle a conçu et organisé l’exposition Contingences (16 au 29 octobre 2010) à la Mairie du 9e Paris avec Cécile Bourne-Farrell, ainsi qu’une table ronde avec Cynthia Fleury, Jean-Marc Avrilla et certains artistes qui ont participé à la mise en place des projets ; de même que Perplexe (16 septembre – 31 décembre 2011) à La Maison de La vache qui rit en collaboration avec Joana Neves, puis La Polygraphie du Cavalier (16 juin – 21 juillet 2012) à la galerie Nicolas Silin à Paris 3e et Jamais deux fois pareil (ou pas exactement) au 6B avec Marie Bechetoille. Avec la commissaire Estelle Nabeyrat, elle conçoit Tout est ce que nous avons toujours voulu présentée à l’espace Khiasma du 14 février 2014 au 29 mars 2014. Réalisée en collaboration avec Raphaële Jeune, l’exposition Des mers non répertoriées s’est tenue du 2 au 12 avril 2015 à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Réalisée en collaboration avec Anne-Lou Vincente, l’exposition Savoir faire savoir s’est déroulée du 18 juin au 23 juillet à la galerie ENSAPC Ygrec (Paris 14ème). En février 2012, elle a lancé la publication Perplexe ; une extension théorique et artistique des projets menés dans les collèges.